Henri MARTINEAU, Le Divan, n° 118, avril 1926, p.189.

[Repris dans le BAAG, n° 31, juillet 1976, p. 31].

 

     Gide veut appeler ce livre son premier roman. Autant que la plupart de ses oeuvres précédentes, il échappe à toute classification. Un esprit délié et toujours en éveil nous conduit avec une rare dextérité dans le dédale de dix récits tantôt parallèles et tantôt enchevêtrés. De grands exposés théoriques à chaque pas nous retiennent. Les plus fines réflexions sur l'art du roman sollicitent notre curiosité. Mais sur ce point comme sur bien d'autres - signalons au hasard la psychologie des vieillards ou les méthodes d'éducation propres aux enfants nerveux -- nous n'entendons que les plus exceptionnels propos, la fleur la moins ordinaire de chaque sujet. Le meilleur évidemment, c'est la peinture -- il faudrait presque dire la charge, acerbe, où s'entend un rire grinçant et parfois tremble une larme de pitié --, la peinture de certains milieux protestants, contre cette incroyable galerie que représente à nos yeux la famille Azaïs et sa pension, que vient désoler un atroce suicide d'enfant. Épisode qui n'a pu être créé que par une imagination démoniaque. Nous n'insistons pas sur le penchant homosexuel de M. Gide : son vice se donne enfin hardiment carrière. Nous lui devons quelques scènes plus bouffonnes encore que révoltantes. Tel quel ce gros livre se lit sans ennui : il est l'oeuvre d'une souple intelligence fatiguée, d'un talent fourvoyé, d'un coeur malade. Il nous apprend beaucoup.

 

Retour

à la Table des Faux-Monnayeurs / à la Table alphabétique des dossiers de presse

Retour au menu principal