L’Atelier

[programme de la représentation de 1928]

 

Marcel Herrand

 

Un jeune homme a quitté la maison où il est né, pour connaître le monde et ses trésors ; il revient dans un moment de faiblesse, maté par l’existence et les obstacles qu’il a rencontrés ; c’est l’enfant prodigue de la parabole.

André Gide, le maître incontesté de la littérature française moderne, montre d’abord le héros de cette courte et brûlante tragédie dans une grave conversation avec son père ; le chef de famille lui reproche sa conduite, mais l’accueille avec affection et lui pardonne. Cependant le fils aventureux se heurte à son frère aîné, le fils fidèle au foyer et au devoir quotidien, celui qui, jaloux de l’auréole brillant au front du prodigue, répond durement au voyageur. La mère, ensuite, lui dit des mots où bat un cœur dont l’amour est illimité, et, craintive, lui demande de parler au frère cadet, pour le retenir au bord de l’abîme.

Mais ce petit frère, à qui la terre ne s’est encore révélée que dans des rêves, confie à celui qui est rentré sa volonté de partir.

Le prodigue, qui lui-même a été vaincu, va-t-il arrêter le jeune garçon ? Non ! La tentative dans laquelle il a échoué conduira peut-être cette fois à un triomphe, et il pousse l’enfant vers la soif, vers la faim, les désirs toujours renouvelés.

André Gide a, dans ses quatre scènes, non seulement mis le drame des Evangiles, mais il en a encore révélé les prolongements, la suite la plus audacieuse et la plus vraie.

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