Pan

[1909]

 

Marcel Rieu

 

ANDRE GIDE, La Porte étroite. (Mercure de France).

 

L'âme de M. André Gide semble, telle que nous la révélèrent ses œuvres précédentes, osciller entre l'héroïsme et l'abandon, tantôt s'efforçant à de sublimes contraintes, tantôt défaillant en des voluptés.

La troublante inquiétude de cet état d'âme austère et passionné atteint dans La Porte étroite son intensité suprême et c'est la personnalité séduisante d'André Gide qui se concentre ici fortement. En outre les rares dons d'écrivain et d'analyste de la sensation de l'auteur des Nourritures terrestres et de l'Immoraliste s'exaltent en ces pages et s'affinent, semble-t-il, jusqu'à la perfection.

La psychologie de M. Gide, puissante et délicate, analyse la force grandissante de la passion dans un cœur qui s'impose de la réprimer. Nous assistons à la lutte terrible de l'idéal et de la vie. Un désir progressant ronge l'âme que la douloureuse Alissa a consacrée aux continences et aux sacrifices. La défaillance est là, sans cesse aux aguets pour la prendre irréparablement, mais elle, se contenant à peine, toujours sur le point d'être vaincue, au bout du désespoir, (O Seigneur ! puissé-je atteindre jusqu'au bout sans blasphèmes), meurt enfin ayant passé par La Porte étroite.

M. Gide décrit les phases de ce duel avec beaucoup de style, de finesse psychologique et de pathétique intérêt.

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