Les Faits

[1910]

 

[Anonyme]

 

la porte étroite ; M. André Gide ne nous avait pas habitués à semblable débauche : nous sommes loin des Nourritures terrestres et de Prétextes ! Un homme et une femme, élevés côte à côte depuis l'enfance, vivent une étrange aventure sentimentale. Jérôme, un normalien insupportable autant qu'effacé, Alissa, mystique, coquette, atteinte de renoncement aigu, s'attirent, s'éloignent, s'aiment, se torturent. On a crié au chef-d'œuvre. C'est trop. L'ouvrage est d'une belle tenue littéraire. L'habileté de l'auteur est incontestable. Il a tiré de l'hystérie janséniste le parti que Maeterlinck tira des corridors obscurs. Mais quelle invraisemblable psychologie ! Quel défi perpétuel à la vie ! Quel carcan imposé à l’Instinct-roi et par quelles subtilités à la Montalte ! Lisant ce livre, je pensais à telles figures de cire des églises espagnoles, à la dernière nuit de Ferrer dans le silence du cloître avec les moines en cagoule. C'est bien la suprême torture, la pire, la torture joyeusement consentie. O l'atroce sérénité ! André Gide laisse loin derrière lui l'auteur de Justine. Oui, décidément, il est un sadisme de la vertu. Le divin marquis, souillant à Bicêtre [mots illisibles] bouquet de roses fraîches cueillies dans la boue du ruisseau, Alissa retirant sa croix d'améthyste, c'est bien la même perversité maladive et, disons le mot, la même lâcheté devant la vie…

Retour au menu principal