La Revue Mosane

2e année n° 7, mai 1910, pp. 114-5

P[aul] D[ermée]

 

 

Revue des Livres :  Les Romans

 

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C'est par ce goût de la sincérité qu'on peut, je crois, expliquer pourquoi tant de lettrés prisent si fort l'homogénéité d'un talent. C'est pourquoi ils ne permettent à un auteur de changer, qu'à la condition qu'il évolue.

Si c'est en mal que l'évolution se produit, tant pis ! Marcelle Tinayre se desséchant peu à peu, et nous ouvrant de jour en jour plus large sa bibliothèque tandis que nous étions curieux de son âme ; Marcelle Tinayre outrant ses défauts, et offusquant ses qualités dans son volume : L'Ombre de l'Amour a plus fait contre elle-même que cent articles de critique fielleuse.

Si, par contre, l'évolution est heureuse, des noms nouveaux sont portés vers la gloire d'un mouvement régulier mais invincible.

André Gide est un de ceux-là.

On se souvient de l'âme d'André Walter ; on a relu L'Immoraliste et on y a goûté de nouveau un art exquis mis au service d'un personnage instinctivement « nietzschéen ». Et les Intentions, nous en avons gardé aux lèvres la saveur.

Or, André Gide a évolué. Ce qui manquait d'humanité grave, saine et forte à ses premiers livres, un peu fiévreux et troublés de jeunesse, sa maturité le lui a donné. La Porte étroite, que vient de publier « La Nouvelle Revue Française », est le chef-d'œuvre de son équilibre parfait. Nous voyons là un aîné plus jeune et plus ardent que nous et qui, maintenant, va s'épanouir comme une belle fleur. Nous pouvons l'aimer à loisir, l'avenir ne nous décevra pas.

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