L’Intransigeant

 

1er août 1920

Les Treize

 

La Symphonie pastorale, par Monsieur André Gide (La Nouvelle Revue Française édit.) est, sous forme auto-biographique, la courte histoire de l’amour d'un pasteur protestant et de son fils pour une aveugle-née ; de l'amour de celle-ci pour le pasteur d'abord, puis, enfin déclaré, pour son fils quand elle eut recouvré la vue. L'histoire se termine par le suicide de la jeune fille après sa conversion au catholicisme et l’entrée du fils dans les ordres. Cette conversion et ce suicide ne vont guère ensemble. Passons. L'affabulation écartée, nous retrouvons mûri, assagi, l’auteur des Nourritures terrestres.

Nous le retrouvons moins mobile, moins avide de joie, moins impatient des jougs de la conscience et des conventions, mais c'est bien lui. Il rencontre toujours le scrupule à chacun de ses pas, au seuil de ses désirs, au bord de ses élans.

Entre sa nature intime, ses aspirations dionysiennes et la réalité, surgit toujours la froide raison, analytique, abstraite et coupante.

Malgré un sensible défaut d'abondance et une conclusion arbitraire, La Symphonie pastorale est une oeuvre de valeur. La peinture de la vie du pasteur, les portraits de sa femme et de ses enfants, l'évolution presque inconsciente de ses sentiments sont des pages achevées, de premier ordre. L'ironie qui glisse, çà et là ondoyante et fuyante, est un attrait délicat d'une grande finesse. Le style de Monsieur André Gide approche souvent de la plénitude et l'atteint quelquefois.

 

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