L’Art et L’Idée

[Anonyme]

 

 

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Les idées que Sainl-Pol Roux expose, avec trop peu de méthode, sont également le sujet du Traité du Narcisse (Entretiens), dans lequel A. Gide, sous une forme poétique belle, mais peu adéquate à un lucide développement, donne la théorie du symbole:

Narcisse sent que son âme est belle ; avide de la voir, il lui désire une forme, il veut créer. Il se penche sur le fleuve du temps où il aperçoit les choses transformées sans cesse par les mouvement des flots: elles sont pourtant toujours les mêmes, « détenant virtuelles, l'intime harmonie de leur être comme chaque sel l'archétype de son cristal »: mais ce qu'on en voit, n'est qu’un essai des idées s'efforçant de reconquérir « une norme première perdue. »

Narcisse se recueillant songe, pour le reconstituer, au paradis où fleurissaient les formes parfaites des idées, disposées en une harmonie si complète qu'elle irrita l'homme, lequel brisant un rameau de l'arbre ydragsill, centre de l’Eden, causa une dissonance. « Et ainsi naquit le temps » par les efforts des essences pour retrouver leur type détruit. Ces figures éternelles, « cristallines » qui fleurissaient au paradis, le poète les sait rendre à l'idée lorsque la contemplation lui a révélé « l'archétype des choses, l'intime nombre harmonieux qui soutient la forme imparfaite. »

On le voit, entre la théorie de Gide le Symboliste et celle de St. Pol Roux le Magnifique, il n'y a de différence qu'en la manière de l'exposer. […]