Le Divan

décembre 1936

 

Henri Martineau

 

André Gide : Retour de l’URSS ;

Nouvelles Pages de Journal (1932-1935) ; Geneviève

 

M. André Gide a été en son temps un assez fameux individualiste, c'est même pour une grande part ce qui nous plaisait en lui. Et comme il a toujours aimé également se meurtrir, nous avions pensé que se conversion au marxisme lui avait été surtout imposée car la nécessité de sacrifier enfin l'individu à la Société. Mais ne voilà-t-il pas que revenant de l'U.R.S.S. il reproche au nouveau régime, entre autres critiques des plus nombreuses et des plus fortes, de dépersonnaliser chaque être. Il n'en persiste pas moins à proclamer encore sa foi communiste. Bien qu'il en ait, c'est là pourtant à cette unification de la pensée et des sentiments, que semble mener l'application logique et intégrale du système. Timidement, M. Gide en revient un peu. Ses Nouvelles Pages de Journal, aujourd'hui dépassées, seront à ce sujet bien utiles pour ceux qui s'intéressent à la démarche de son esprit curieux.

Le petit roman, ou le fragment de petit roman, qu'il vient en outre de donner au lecteur le même jour précisément que les deux livres précédents, contribuera également à mettre dans son éclairage véritable son visage complexe. On se souvient que ses deux œuvres romanesques antérieures, L'École des Femmes et Robert, retraçaient en quelque sorte l'histoire d'une mésentente conjugale vue d'abord par la femme, puis par le mari. Aujourd'hui, c'est la fille qui raconte ses impressions propres et apporte sa version personnelle. C'est au surplus un document important sur l'âme des jeunes filles. M. Gide y montre pleinement ce juste souci des nuances psychologiques, que nous admirons dans toute son œuvre

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