La Revue Jeune

[juin 1892]

 

Louis Tauxier

 

Vieux et de demain à la fois me semble le recueil des poésies posthumes d’André Walter. Nous avons affaire à la fois à un intellectuel, dilettante, perpétuellement en quête d’un autre lui-même, et qui chante le refrain de la génération :

 

Ah ! que ne puis-je être celui

Celui qui put vendre son ombre.

 

mais aussi un véritable sentimental, et la réunion des deux éléments donne comme un Sully-Prudhomme plus attendri, un Sully-Prudhomme qui en serait toujours resté aux solitudes :

 

…Je crois

Nos âmes très mystérieuses.

Peut-être qu’elles sont heureuses

Et que nous ne le savons pas.

 

Nous aurions voulu conclure en montrant comment au mouvement vers la puissance qui est celui de la toute jeune littérature, correspond naturellement un mouvement dogmatique vers les absolus délaissés. Nous aurions voulu montrer comment le culte du moi sur lequel s'est fondé le dilettantisme et le Barrésisme est le premier que restaure le mouvement qui se dessine. La vie et l'art, le grand art simple et la vraie vie, les voici remis en honneur. Ce sera dans un article prochain que nous développerons tout ceci. Nous aurons à parler alors tout naturellement du livre que M. F. Montargis vient de publier sur l'esthétique de Schiller, cette esthétique qui sera probablement celle d’un grand nombre de nos contemporains portés à mettre leur espoir et leur foi dans l'Art fondé sur la Vie et la Passion et à tirer de cette religion esthétique une règle entière de vie pratique comme l'a fait Schiller lui-même. Nous marquerons aussi la place du symbolisme contemporain et de ses tendances en art à un idéalisme platonicien dans l'œuvre de rénovation, comme nous l’avons fait aujourd’hui pour l’effort de Barrès. Ce sera la partie suivante de ces études sur l’âme contemporaine.