Les Guêpes

1 avril 1933

 

 

Parmi les attaques que valut à André Gide son Allocution du 2 l mars 1933 [salle du Grand Orient, rue Cadet], parut l'écho suivant, sous la signature des Guêpes, dans le numéro d'avril 1933 de la Revue du Siècle:

« M. André Gide, en se convertissant au communisme, a effrayé quelques esprits; il a eu un petit succès parmi les snobs, les politiciens révolutionnaires et les esprits simples. Quand il a annoncé qu'il était prêt à donner sa 'vie pour l’U. R. S. S., on a vu avec regret qu'il avait perdu le sens de la crédibilité et de la vraisemblance ; mais il n'a étonné personne. On sait fort bien que M. Gide ne consacre qu'un temps fort court à ce qu'il médite et ce qu'il écrit, et qu'il n'a jamais été plus fidèle à sa passion de trahir et même de se trahir lui-même, où il se retrouve enfin tout entier.

Il n'a pas attendu pour en donner une nouvelle preuve. Récemment, présidant un meeting révolutionnaire, il s'associa vivement à des attaques très violentes dirigées contre le ministre des Colonies; il manifesta avec force son indignaition; il lui semblait vraiment que nos méthodes de colonisation fussent la honte de l'humanité et un ressaisissement des pires servitudes. Mais, le lendemain, oubliant tous ses griefs, il partageait amicalement son repas avec M. A. Sarraut. Où est le vrai M. Gide? C'est bien le cas de remarquer que le véritable Amphitryon est l'Amphitryon où l'on dîne. »

Au cours de ce meeting du 21 mars «contre la terreur fasciste en Allemagne et contre l'impérialisme français », des treize orateurs qui prirent la parole, Francis Jourdain fut le seul à aborder la question de la colonisation.

[André Gide, Littérature engagée, pp. 27-28 ; voir pp. 22-25 le texte de l’allocution de Gide, « Fascisme ».]