Mercure de France

n. 116, août 1899

 

Rachilde

 

Un régal pour les amateurs de critique morale. Le boulevard sous un aspect neuf... (enfin !). Prométhée, en costume moderne, a une conscience, son aigle, son ambition, je ne sais pas bien, car André Gide est plein de dessous mystérieux. L'aigle dévore Prométhée jusqu'au jour où Prométhée le fait rôtir, parce qu'il est devenu gras, et le dévore à son tour. Coclès, le Garçon, le Miglionnaire, Damoclès, Tityre forment un groupe sympathique auquel les agents n'auraient pas la force de dire : Circulez ! car ils sont éternels, au boulevard comme jadis. « L'histoire des hommes c'est l'histoire des aigles, Messieurs. » Car, en effet, les mortels ne comptent que par leurs immortelles passions. L'humour de l'auteur, la grâce cruelle, parfois très voluptueuse (voir la page sur les caresses données à l'aigle gourmand), le talent qu'il met à dire en très peu de phrases une énorme quantité de choses font de ce camée antique, attique et fort moderne, le plus littéraire de tous les bijoux de vitrines.