La Petite République

[11 mai 1901]

 

T. Massiac

 

Courrier des Théâtres :

Le Roi Candaule au Nouveau-Théâtre

 

Après une saison au cours de laquelle, à travers des péripéties de toute sorte, M. Lugné-Poe n'en aura pas moins donné Au-dessus des forces humaines et le Roi Candaule, il y a tout lieu de croire que l'Œuvre va reprendre un nouvel essor. C'est du moins le vœu qu'exprimaient hier différents spectateurs, aussi chaleureux que bien renseignés.

Moi, n'est-ce pas, je ne puis vous parler que du côté plastique de l'ouvrage, décors et costumes. Et dame, il n'y a que deux tableaux, et une vingtaine de costumes tout au plus !... Mais les tableaux sont fort curieux. Il semble que leur auteur ait voulu montrer combien à ses débuts tout l'art grec avait été impressionné par l'art égyptien ; cela est d'une observation aussi juste qu’intéressante.

De même pour les costumes ! Ils ont encore je ne sais quel goût barbare touchant presque au style assyrien. Très artistique, celui de M. de Max, un Gygès terrible et farouche avec ses yeux de flamme, son front presque caché par ses cheveux noirs et drus, sa barbe et sa moustache copiées sur quelque amphore du temps. M. Lugné-Poe, dans le Roi Candaule, nous a montré une robe et un manteau d'un chic vraiment hellène, et avec cela une barbe et une perruque qui le rendaient absolument méconnaissable. Impossible de se mieux grimer. Pour Mlle Henriette Roggers, c'est une Reine Nyssia exquise le jour, mais divine la nuit ! Vrai, quand elle est apparue en cette sorte de voile quasi fluide, qui n'enveloppait que d'une vapeur légère ses formes impeccables... Nom d'un petit bonhomme ! nombre de spectateurs auraient volontiers pris la place de Gygès.

Il y avait plusieurs petits rôles de courtisans. L'un de leurs interprètes avait eu l'idée de rester les jambes absolument nues, sous prétexte de couleur locale. Eh bien ! il s'est trompé, et puisqu'il semble respectueux de la « vérité historique » qu'il apprenne donc qu'autrefois les Grecs s'épilaient, et lui n'avait nullement songé à ce détail de toilette, oh non ! Ce qui produisait un effet singulier, qu'un spectateur traduisit par cette exclamation : Très drôle, Degor !

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