La Presse

[13 mai 1901]

 

Edmond Sée

 

M. André Gide, poète de qui M. Henry Bataille a dit dans son album Têtes et Pensées qu'il était

 

Délicieusement penché vers le sourire.

Le saule et l'eau à la fois.

Une eau qui dit : « Ecoutez-moi, écoutez-moi ! »

Et puis s'en va

(Avec un petit frisson philosophique)

Faire des glous-glous de narghilé

Dans une Mongolie ironique et artiste.

 

M. André Gide nous a donné rue Blanche un Roi Candaule qui méritait mieux que les quelques notes dédaigneusement jetées par les journaux. La soirée d’avant-hier à l'Œuvre fut une des plus intéressantes de ce théâtre et pour le Roi Gandaule le public et la critique eussent pu se passionner à meilleur titre que pour certains simili-chefs-d'œuvre présentés jadis par M. Lugné-Poe.

En trois courts tableaux rigoureux, colorés et sobres. M. André Gide nous conte l'aventure du souverain trop bon, qui fut tué par « l'un » des autres, pour avoir trop voulu les aimer tous. Nul sujet n'est plus suggestif. M. André Gide aida nos rêveries de réflexions hautaines, subtiles et non chalantes comme lui-même ; et cet esprit généreux nous donna la douceur d'une belle et harmonieuse conversation sur un sujet donné, qui nous plaisait depuis longtemps.

Je n'ai aucune compétence pour discuter ici la métrique de M. André Gide. Je me contenterai de le remercier trop brièvement de l’heure que je lui dois et d’admirer de Max si farouche, et qui dans le rôle du pauvre Gygès se montra en possession complète de son remarquable talent ; Lugné-Poe, qui sut imposer le personnage « dangereux » de Candaule et la beauté voilée ou découverte de Mlle Roggers.

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