Cri de Paris

[19 mai 1901]

 

[Anonyme]

 

« Le roi Candaule »

 

Il y a une pensée philosophique d'une grandeur rare. Ce roi Candaule qui veut qu'à tout prix le pauvre Gygès soit heureux, qui pour cela lui offre tout ce que l'homme appelle de sa voix la plus ardente, de ses désirs les plus fous, ce roi qui va jusqu'à céder sa propre place auprès de sa reine adorée, de la divine Nyssia, et pour ne pas qu'elle s'aperçoive de l'étrange substitution, confie à Gygès le magique anneau qui le rendra invisible, ce roi symbolique est vraiment d'une abnégation exemplaire. Si tous les rois agissaient envers leur peuple comme Candaule envers Gygès, peut-être auraient-ils moins d'inquiétudes pour l'avenir.

Pareille œuvre devait être montée avec conviction. M. Lugné-Poe y a employé toute la sienne et aussi tout son dévouement, toute son ardeur artistique. Il a encadré l'ouvrage en deux décors remarquables, il l'a orné d'une musique de scène d'un mystère mélodieux, il a composé le personnage du roi avec un grand talent. M. de Max fut un Gygès à la fois touchant et terrible, et Mlle Henriette Roggers une Nyssia troublante et gracieuse.

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