L’Aurore

[10 mai 1901]

 

[Anonyme]

 

L'Œuvre : Le Roi Candaule, pièce en trois actes de M. André Gide.

 

Ah ! qu’elle est drôle

L’aventure du Roi Cancan

L’aventure du Roi Candaule

 

chantent Meilhac et Halévy. Si drôle qu'elle semble vouée à l'opérette. Au vrai, la fable d'Hérodote n'est guère plus facile à traiter au sérieux qu'un dogme de la religion papiste ou autre. M. André Gide vient de l'éprouver. Avec d'appréciables intentions littéraires, se gardant à la fois et de la légèreté des conteurs dix-huitème et de la verve de nos fantaisistes, il a tenté, en une prose eurythmyque où les vers blancs grouillent plus nombreux qu'au pied des laitues, de dégager quelque philosophie de l'historiette, mais sa démonatration, faite d'idées au fond fort simples et qui se passent d’être démontrées, n'a pas établi la nécessité de déshabiller encore la reine Nyssia.

Le débat dramatique est entre le caractère de celui qui ne croît rien posséder s'il ne montre son bien à tous, et de celui qui compte uniquement dans son avoir les chose où il n’admet personne.

Le pécheur Gygès représente le second, et le roi Gandaule fournit un bon spécimen du premier. Sa manie d'ostentation, d'association qui, dans la fable, lui fît montrer la reine nue à Gygès va, sur le théâtre, jusqu'à la mettre entre ses bras. Cette scène de voyeur invisible (Gygès a son anneau) est moins une situation qu'une posture, elle a rajeuni les matrones. Elle contraste d'ailleurs adroitement avec la scène finale du second acte où les deux personnalités s’affirment en vigueur. Devant ce roi qui lui offrira de partager sa femme, Gygès tue la sienne parce qu'elle ne fut pas toujours à lui tout seul. Au dénouement, la reine outragée fait, selon la tradition, assassiner Candaule par Gygès, mais Gygès roi renferme dans l'éternelle prison des voiles la beauté de la reine... La pièce mérite certes de l'estime, il me semble pourtant que l’anneau de Gygès ne sera pas nécessaire pour passe inaperçue.

M. de Max a eu en Gygès d'heureuses rencontres de gestes et de diction, M. Lugné-Poe joue Candaule sur un mode lydien intéressant. La mise en scène est d'un faste convenable, mais ce qui parut inconvenant fut l'exhibition par un certain acteur de sa peau jusqu'à mi-cuisses. Personne ne lui demandait d'imiter, à notre dam ! le roi Candaule, scandaleux exhibitionniste.

Retour au menu principal