Le Petit Caporal

[10 mai 1901]

 

Albert Dayrelles

 

Premières Représentations

 

Nouveau Théâtre — Première représentation du Roi Candaule, pièce en trois actes d’André Gide.

 

Il se dégage de cette pièce un parfum de grâce primitive, de charme très séduisant. Nous voyons au premier acte le roi Candaule attablé à un souper avec des compagnons de fête, quand survient un pêcheur misérable, Gygès. Ce Gygès vient de voir périr sa maison nette dans un incendie allumé par mégarde par sa femme. Gygès est raillé par tous les convives, sauf par le roi, qui le prend sous sa protection. Comme les convives avinés, persiflent Gygès sur l'amour qu'il a pour sa femme en lui affirmant qu'il ne la possède point seul, Gygès, dans un accès de fureur, tue sa femme.

Le roi Candaule intervient, et, pour effacer l'affront qui vient d'être infligé à Gygès, il lui dit que désormais il sera son ami, et il le fait loger en son palais.

Ce roi Candaule, qui est tout puissant, qui règne en souverain absolu sur ses sujets, ne connaît pas la jalousie. Sa femme Nyssia, d'une exquise beauté, l'aime et lui est fidèle.

Lorsque Gygès explique au roi les tortures qu'il endure depuis qu'il a appris son infortune conjugale, le roi s'étonne de la souffrance de son ami, et, pour le consoler, il lui dit que la vue de la reine parviendrait à lui faire oublier ses tourments, car la reine est d'une beauté idéale.

Afin de voir la reine sans en être vu, le roi prête à Gygès un anneau qui rend invisible et qui a été trouvé dans le corps d'un poisson pêché par Gygès.

Lorsque la reine se présente, le roi s’éclipse en laissant la chambre sans lumière, si bien que la reine se livre dans l’obscurité à Gygès croyant se donner au roi.

Mais lorsqu’au dernier acte cette substitution est révélée à la reine par Gygès qui l’adore, la reine furieuse pousse Gygès à tuer le roi. Gygès affolé obéit.

Présenté à ses sujets par la reine comme son époux, Gygès devient tout puissant, mais cette toute puissance est due au meurtre de celui qui fut son bienfaiteur. Gygès ne s’est élevé que grâce au crime. Il sera plus malheureux dans son palais qu’il ne l’était jadis dans sa cabane.

Cette pièce, d’allure sobre, offre maints passages où se déroule un esprit chercheur et délicat.

Fort artistiquement mise en scène par Lugné-Poe, elle a été très bien joué par M. de Max dans le rôle de Gygès, Lugné-Poe dans celui du roi, et par Mlle Henriette Roggers, qui s’est montrée mieux à l’aise dans les passages de grâce, de charme et de tendresse que dans ceux qui exigeaient de l’énergie et de l’âpreté farouche.

 

Retour au menu principal