Notre Temps

12 septembre 1934

 

Jacques Chabannes

 

[…] La critique que M. Jules Romains a publiée du marxisme excite ensuite la gaieté de M. Ehrenbourg. Il n’est qu’un seul écrivain français qui semble, en fin de compte, trouver grâce devant lui, c’est M. André Gide. Pourquoi ? Parce que M. André Gide a fait, voici quelques mois, une retentissante conversion au communisme. Cela suffit pour que l’œuvre de M. André Gide, bourgeois pourtant entre tous (je parle des livres antérieurs à la conversion de l’auteur de Nourritures terrestres) soit tabou pour M. Ehrenbourg.

 

Cela conduit M. Ehrenbourg à écrire des choses aussi abracadabrantes que celle-ci : « M. André Gide ne peut pas admettre l’esprit de destruction. Or, s’il est un esprit destructeur dans l’histoire des lettres françaises, c’est bien celui de M. André Gide. »

 

A propos des stupides autodafés de certains ouvrages faits par les hitlériens au lendemain de la révolution, M. Ehrenbourg s’exclame que les ouvriers russes savent honorer Shakespeare, Goethe, Pouchkine et Tolstoï. Mais, a-t-il le front de prétendre qu’aucun ouvrage n’est interdit par le gouvernement autoritaire de la Russie soviétique ?

 

Peut-il prétendre que la censure ne fonctionne pas là-bas avec la dernière sévérité, que la liberté d’opinion individuelle est profondément respectée et peut-il à cette occasion, nous donner des nouvelles de l’écrivain Serge ?