La Lumière

3 novembre 1934

 

[Anonyme]

 

M. Gide. Orateur

 

M. André Gide, encore une fois, a pris la parole dans une réunion des Écrivains révolutionnaires, et il a vigoureusement dit sa haine du fascisme et subtilement légitimé l'action des intellectuels dans la lutte sociale.

 

Évidemment, cela ne fait pas l'affaire de la presse de droite qui s'est efforcée de ridiculiser l'écrivain coupable d'embrasser la cause populaire.

 

Et pourtant tous ceux qui ont assisté à cette réunion ne peuvent nier, s'ils ont quelque peu de bonne foi, qu'elle fut toujours émouvante.

 

Le plus curieux, c'est de constater à quel point un homme aussi discret, aussi peu cabotin que M. Gide, peut avoir une influence sur la foule. Le style clair de ses phrases touche immédiatement et son ascendant physique même est extraordinaire. On l'écoute religieusement, on l'applaudit très fort. Incontestablement, sa seule présence impose l'harmonie qui est l'ordre suprême. Aussi n'y eut-il pas de heurts à cette réunion des Écrivains révolutionnaires et la tenue fut-elle exemplaire.

 

Le Congrès des écrivains soviétiques

 

Les sûrs échos du Congrès des écrivains soviétiques à Moscou, nous parviennent seulement. Si la manifestation, dans son ensemble, fut magnifique, parce que suivie par tout un peuple, il faut dire cependant qu'on y a prononcé pas mal de bêtises.

 

Non que les moins importants congressistes aient voulu développer des vues hasardeuses : le témoignage de leur enthousiasme et de leur foi fut au contraire plein de grandeur, mais les leaders développèrent des idées extrêmement fumeuses et d'une rare étroitesse.

 

C'est ainsi que Karl Radek, critique éminent à Moscou, s'essaya longuement à définir le réalisme socialiste, qui doit être la base de la littérature prolétarienne, et ne parvint pas à en donner une idée nette à ses auditeurs.

 

Le réalisme socialiste ne se borne pas seulement à la connaissance de la réalité, a t-il dit, il suppose la compréhension de ses voies de développement.

 

C'est à dire qu'il faut sacrer tabou le matérialisme historique.

 

Mais est-on bien sûr qu'on peut, avec cette doctrine, comprendre toutes les réactions sensibles de l'homme ?

 

Seuls les Français Jean-Richard Bloch et André Malraux dirent des paroles de bon sens. Celui-ci tout particulièrement. Il tint en garde ses camarades russes contre la volonté de voir « social » et uniquement « social ».

 

L'art n'est pas une soumission, a-t-il dit, mais une conquête. Le refus du psychologique en art mène au plus absurde individualisme. Car tout homme s'efforce de penser sa vie, qu'il le veuille ou non.

 

Mais Radek traita ces Français, à la fin du Congrès, de petits bourgeois.