La Gazette Aptésienne

24 décembre 1910

 

Une lettre d’André Gide

 

André Gide nous adresse la lettre suivante :

 

Monsieur,

Je compte sur la courtoisie de la Petite Gazette Aptésienne pour insérer en bonne place la rectification que voici :

Monsieur Alcippe,

On vous a mal renseigné, et vous exagérez d'une façon trop flatteuse pour moi l’importance de mon intervention dans l’attribution du prix de la Vie Heureuse à Mme Audoux.

Dès le début de la campagne, j'ai déclaré à Mme Audoux que malgré mon estime, ma sympathie et mon admiration pour elle, je ne pourrais l'aider en rien, non plus du côté de la Vie Heureuse que de l’Académie Goncourt — d'abord parce que je ne jouissais d'aucun crédit auprès de ceux qui distribuent la gloire, puis je ne voulais pas favoriser Marie-Claire contre la Jeanne d'Arc que Péguy présentait alors. J'ai été demander à Elémir Bourges s'il estimait que Marguerite Audoux eut plus de chances pour un prix que pour l’autre, car ni elle ne voulait se présenter contre Péguy, ni lui contre elle. C'est tout. Quelques personnes étaient chez Bourges en même temps que moi : je ne savais pas que l'une d'elles fut de la police. Là s'est bornée mon intervention. J'eusse souhaité qu'elle fût plus active ; mais à qui eussé-je écrit ? et qui d'autres de ces Messieurs ou de ces dames eussé-je été voir ? Je ne connais aucun d'entre eux.

Je comprends que la Gazette Aptésienne ait été sensible aux récents éloges de Rémy de Gourmont — éloges très mérités et auxquels je m'associe de grand cœur —mais j'estime trop M. de Gourmont pour croire que la calomnie contre un adversaire prenne odeur d'encens qui lui plaise, ni que pour le défendre on soit forcé de recourir à des armes de mauvais aloi.

Convaincu du reste, Monsieur, que ce qui sous la plume d'un autre pourrait être mensonge, ne saurait être sous la votre qu'erreur, je compte sur votre bonne grâce et sur la belle honnêteté de la Gazette Aptésienne pour bien vouloir publier ma rectification.

Veuillez croire à ma très cordiale attention.

André Gide

 

Il nous suffirait, après cette réponse courtoise, de réserver l’appréciation d'Alcippe, si la P.G.A. ne tenait à assurer M. Gide qu'elle ne connaît d'autres moyens de payer les éloges qu'on lui adresse, que de n'en point méconnaître l’origine.

Qu'irions-nous dès lors prendre parti dans la querelle qui divise MM. Rémy de Gourmont et André Gide puisque, aussi bien, les voici maintenant d'accord pour nous marquer une estime égale — et de même prix.

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