La Plume artistique et Littéraire

 

1911

Louis Rouart

 

M. Jacques-Emile Blanche, ébloui par les ballets russes, s'est lancé dans des orgies de couleurs, mais, cette fois encore, son ambition fut plus forte que ses moyens. Avec la prétention de dépasser Delacroix, il n'a réussi qu'à égaler Clairin. Dans le portrait de Nijinski, tous les tons sont d'une médiocrité remarquable et certain rose ne saurait être comparé qu'à ceux de Benjamin Constant. C'est que l'on ne s'improvise pas du jour au lendemain, même avec l'aide des Russes, grand et puissant coloriste. M. Jacques-Emile Blanche, fait beaucoup penser à son ami M. André Gide. Certes, il peint et dessine moins bien, avec moins d'aisance et de charme que M. Gide n'écrit mais comme M. Gide, il cherche toujours, par snobisme, à paraître ce qu'il n'est pas. M. Jacques-Emile Blanche contrefaisant Delacroix, n'est-ce pas aussi bouffon que M. André Gide contrefaisant Nietzsche ? Rien de plus comique que le spectacle de ces deux débiles, qui ont tout ce que l'on voudra excepté du génie et du tempérament, jouant la fougue, la passion, le lyrisme impétueux et sauvage. Si M. Jacques-Emile Blanche se contentait de faire avec application et correctement, des portraits mondains dans le genre anglais et si M. Gide se bornait à écrire en style agréable des petits contes moraux pour vieilles dames protestantes, tout serait pour le mieux. Par malheur, l'un vise au grand peintre, l'autre au grand penseur doublé d'un mauvais sujet, à la fois sublime comme Lord Byron et suspect comme Oscar Wilde. C'est ce qui gâte tout.

M. Bourdelle, à force d'outrer le caractère, tombe dans la laideur pédante. Sa jeune fille nue est hideuse. Son buste de Charles-Louis Philippe fait mal à voir. Pauvre Philippe ! Il serait temps de le laisser un peu tranquille. On finira par le rendre odieux, lui qu'on ne pouvait pas connaître sans l'aimer. Ses amis indiscrets lui font une réclame excessive et qui n'est pas toujours désintéressée. M. André Gicle en sait quelque chose. La preuve est faite, en effet, que cet esprit noble et généreux, en publiant dans la Nouvelle Revue française les lettres écrites par Philippe à M. Van de Putte a songé surtout à satisfaire, sans danger, ses petites rancunes littéraires.


 

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