Le Chroniqueur Mondain

[15 mai 1901]

 

Duvenay [?]

 

Théâtre de l’Œuvre. Le Roi Candaule, pièce en trois actes, de M. André Gide.

 

M. Lugné-Poe, auquel nous devons tant d’artistiques et heureuses tentatives, semble avoir été moins inspiré que de coutume en montant Le Roi Candaule. Cette n’a rien d’original, sinon l’extrême prétention de son auteur de faire de l’art. La donnée est connue, archi-connue, encore qu’assez intéressante en soi.

Le roi Candaule, souverain d’une bonté et d’une confiance par trop invraisemblables, a pris en affection le pauvre Gygès. Non content de l’associer aux splendeurs de la vie royale, il lui fait don de son anneau, ce fameux anneau magique, qui rend invisible, Gygès abuse de la possession de ce talisman pour satisfaire la passion coupable qu’il éprouve pour la belle Nyssia, femme de Candaule. Bien plus, il révèle à Nyssia qu’il l’a possédée. La reine, irritée contre son trop candide époux, ordonne à Gygès de le tuer.

Gygès cède et Nyssia le fait proclamer roi à la place de sa victime.

Nous ne dirons rien de l’interprétation qui nous a paru inférieure à ce que l’on était en droit d’attendre d’artistes tels que ceux de l’Œuvre.

Quant à la facture littéraire de la pièce de M. A. Gide, elle nous plaît médiocrement.

C’est un poème en « vers libre », très libres, et qui font regretter la poésie d’Hugo. Le chantre d’Hernani et des Burgaves ne croyait pas utile à sa renommée, de se singulariser par une forme décadente.

Puisque M. Gide voulait faire de l’art, rien que de l’art, comme il nous en avertit dans sa préface, mieux eut valu soit écrire en simple prose, soit ne pas recourir à cette poésie bâtarde, inharmonique, dont s’est [engoué], à tort, un certain public.

Ni poésie, ni prose ; Le Roi Candaule eut fort embarrassé le maître de philosophie du Bourgeois Gentilhomme.

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