Semaine Française

[19 mai 1901]

 

[Anonyme]

 

On avait fait une brillante avance de publicité au Roi Candaule, de M. André Gide, que vient de nous donner le Théâtre de l’Œuvre. A la lecture, cette composition avait paru quelque peu originale quoique bizarre, et fine en ses détails. Cette illusion s'est évanouie à la scène. Le genre littéraire auquel elle se rattache n'est pas d'ailleurs si nouveau qu'il en a l'air. Il est aussi suranné que l'Ecole des Précieuses de Mlle de Scudéry. Le sujet est également connu, archi-connu. C’est l'aventure, tant de fois ressassée de ce roi Candaule, qui possédait une femme très belle et qui faisait cacher son confident Gygès dans la chambre conjugale pour la lui faire admirer. Platon lui-même a brodé là-dessus une fabuleuse légende, M. André Gide l'a agréablement enlacée au sobre récit d'Hérodote.

Mais, le dirai-je en toute sincérité ? La pièce a perdu de son intérêt artistique à la représentation. Elle m'a semblé longue, traînante, obscure, subtile. Le mélange du vers blanc et de la prose poétique n'a produit qu'un effet médiocre.

Le talent des acteurs n'a pas sauvé de l'ennui cette tentative de M. André Gide, dont il serait injuste d'ailleurs de contester le caractère esthétique et le dilettantisme littéraire.

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