L’Action française

Anonyme

 

Mars 1933

 

M. André Gide et L’A.F.

 

Aux « Lectures » de la Revue universelle, Henri Massis parle des extraordinaires variations de M. André Gide, dont la récente conversion au bolchevisme intéresse, paraît-il, quelques personnes.

 

Voici le Gide de la guerre :

 

Parmi ses proches, certains l’avaient aidé à comprendre l’exaltation et le prosternement de la guerre, et à suivre la route douloureuse qu’elle leur faisait gravir le glorieux acheminement de leurs âmes. C’est ainsi que Gide nous révéla l’active vertu de son ami, de son ancien disciple, le lieutenant de vaisseau Dupouey, tombé à Nieuport, après avoir retrouvé Dieu. Tout aussitôt Gide nous fit connaître l’opération de Dupouey sur celui de ses intimes qu’elle devait aider à se convertir, sur ce cher Henri Ghéon qui, durant de longues années avait été son compagnon constant. « Je sais, disait-il, que Ghéon se propose de raconter le retentissement en lui de cette rencontre. Il ne sera certainement pas le seul que le noble capitaine saura conduire et conseiller. » Devant de tels exemples, et en un pareil temps, que pouvaient valoir les dissentiments d’avant-guerre sur le vrai classicisme ou l’importance de Maurras ? Cette lettre de Gide à Maurras en fait foi. Lui adressant, le 2 novembre 1916, sa contribution « pour le meilleur usage », André Gide lui communiquait des lettres du lieutenant de vaisseau Dupouey, relatives à L’Action française et à lui Maurras, et il ajoutait : « LE TEMPS EST VENU, PEUT-ÊTRE, DE SE CONNAÎTRE ET DE SE COMPTER, VIVANTS OU MORTS.

 

Je suis reconnaissant à mon ami de cette occasion qu’il me donne, car vous entendez bien que je ne transcrirais pas ses louanges avec tant d’émotion et de zèle si je ne m’y associais de tout mon cœur. Vous ne laisserez pas, je le sais, d’être sensible à ce témoignage posthume d’une des plus belles âmes qu’il m’ait été donné de connaître. Il est de ceux dont la mort n’arrête pas ce que Bossuet appelait « le vrai service ». M. André Gide qui aime tant à publier ses lettres privées, (et celles-là même qu’il se retient ensuite de faire parvenir), M. Gide ne saurait oublier de remettre à M. Martin Chauffier, à qui il a confié l’édition de ses Œuvres complètes, le texte de cette lettre qu’il autorisait d’ailleurs le destinataire à reproduire ; n’apporte-t-elle pas un témoignage « authentique » sur une « époque » de sa pensée ?

 

La guerre finie, les leçons n’en furent pas si tôt oubliées qu’André Gide ne crut pouvoir se rallier, en 1919, au projet de démembrement de l’Allemagne.

 

Tout cela M. André Gide l’a maintenant oublié. Et nous voyons aujourd’hui, photographié à sa juste place, c'est-à-dire en deuxième page de l’Humanité, le Gide d’après-guerre « dressé, aux côtés du prolétariat international » et parlant « contre l’impérialisme français ».

 

Qu’est-ce que M. Gide ? Un rhéteur correct. A qui doit-il toutes choses et lui-même ? Aux Lettres françaises. Et il jette la France en pâture aux Barbares ! Type connu : celui des enfants drus et forts d’un bon lait, dans la Bruyère : ils battent leur nourrice.